Ostéopathie du sportif : préparation, récupération, retour au sport

Une blessure de sportif est rarement un accident isolé. Elle survient là où le corps compensait déjà, au moment où la charge dépasse ce que la zone pouvait absorber. Le travail consiste à rendre sa mobilité au segment concerné, puis à chercher ce qui, en amont, a fait porter tout l'effort au même endroit.

Avant l’effort

La préparation ne consiste pas à assouplir tout ce qui peut l’être. Il s’agit de vérifier que les zones qui doivent bouger bougent, et que celles qui doivent tenir tiennent. Une cheville raide fait travailler le genou. Une hanche verrouillée fait travailler le bas du dos. Ces reports ne se voient pas tant que la charge reste modérée.

Le bon moment n’est pas la veille. Une séance à quelques jours d’une course ou d’un match laisse au corps le temps de s’approprier ce qui a changé, alors qu’une séance la veille ajoute une variable de plus à une journée qui n’en a pas besoin. Comptez plutôt une semaine.

Ce que je regarde dépend de ce que vous faites. Un coureur n’a pas les mêmes contraintes qu’un nageur ou qu’un grimpeur, et la question n’est jamais « quel sport » mais « quel geste, combien de fois, depuis quand ». Je vous le demande avant de poser les mains.

Ce qu’une préparation ne fait pas : améliorer une performance. Je n’ai rien à vendre là dessus. Ce qu’elle fait, c’est retirer les freins mécaniques qui vous font compenser sans le savoir.

Pendant la saison

C’est le moment des douleurs qui s’installent sans blessure franche. Une gêne au tendon d’Achille qui revient à chaque sortie longue. Une épaule qui tire en fin de série. Un genou qui parle dans les descentes.

Ces signaux méritent d’être écoutés tôt. Une tendinopathie prise dans les premières semaines se règle en général bien plus vite qu’une tendinopathie installée depuis six mois.

Après une blessure

Une entorse de cheville qui a bien cicatrisé peut laisser derrière elle une articulation qui ne récupère jamais tout à fait sa mobilité. Le corps s’organise autour, et deux ans plus tard c’est le genou ou la hanche du même côté qui se manifeste.

La reprise se prépare progressivement. Je travaille sur ce qui reste limité, et nous regardons ensemble à quelle allure reprendre. Une reprise après blessure qui échoue tient rarement à la blessure elle même : elle tient au rythme qu’on s’impose pour rattraper le temps perdu.

Le moment qui coince est presque toujours le même. La douleur a disparu, le feu vert est donné, et la charge revient d’un coup au niveau d’avant. Le tissu cicatrisé, lui, n’a pas la même tolérance, et c’est là que la rechute se joue.

Ce que je regarde à ce stade : ce qui reste raide autour de la zone, ce que l’autre côté a pris en charge pendant l’arrêt, et les appuis, qui se réorganisent toujours quand on boite pendant trois semaines.

Tendinopathies, entorses et syndrome rotulien

Tendinopathies d’épaule et du tendon d’Achille, sciatiques, douleurs sacro-iliaques, syndrome rotulien, périostite, entorses de cheville récentes ou anciennes, contractures à répétition sur le même groupe musculaire.

Un point commun revient dans presque tous ces motifs : la douleur apparaît là où la charge se concentre, et la charge se concentre là où une autre zone ne prend plus sa part. Un tendon d’Achille qui souffre travaille souvent pour une cheville raide ou une hanche qui ne s’ouvre plus.

Le syndrome rotulien en est l’exemple le plus net. Le genou fait mal, et ce qui le met en difficulté se trouve au dessus et au dessous : la façon dont la hanche contrôle la rotation, et celle dont le pied se pose.

La contracture qui revient toujours au même endroit mérite la même question. Un muscle qui se reverrouille après chaque séance de kinésithérapie ne fait pas un caprice, il protège quelque chose. Chercher ce qu’il protège vaut mieux que le détendre une fois de plus.

Sur une blessure récente, l’ordre compte. Une entorse ou une déchirure se fait examiner avant, parce qu’il faut savoir ce qui est abîmé avant de savoir quoi remettre en mouvement.

Ce que l’ostéopathie ne fait pas

Elle ne répare pas une lésion tissulaire et ne remplace pas un avis médical devant un traumatisme aigu. Devant une suspicion de fracture, de rupture tendineuse ou de lésion ligamentaire complète, l’imagerie et le médecin passent avant tout le reste.

Consultez un médecin avant de venir si

  • Douleur immédiate et intense après un traumatisme, avec impossibilité d'appui ou déformation visible
  • Gonflement important et chaleur locale dans les heures qui suivent
  • Perte de force franche, ou sensation de lâchage de l'articulation
  • Douleur thoracique, essoufflement inhabituel ou malaise à l'effort

Questions fréquentes

Faut-il arrêter le sport ?
Pas systématiquement. Selon ce que je trouve, on adapte plutôt qu'on arrête : volume, intensité, geste. L'arrêt complet a aussi un coût, physique et moral.
Quand consulter, avant ou après une compétition ?
Les deux se conçoivent, mais pas au même moment. Un travail de fond se fait à distance de l'échéance. Dans les jours qui précèdent, on reste sur du léger, sans rien changer à ce que le corps connaît.
Est-ce que ça remplace la kinésithérapie ?
Non, les deux ne font pas le même travail et se complètent souvent. La rééducation d'une lésion identifiée relève du kinésithérapeute, sur prescription.

Écrit par Déborah Serezo, Ostéopathe D.O.(RPPS 10100814911). Page revue le .

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