Mal de dos : pourquoi le bas du dos est rarement le coupable
Une lombalgie qui revient toujours au même endroit raconte une histoire qui commence ailleurs. Ce que je cherche en séance, et pourquoi je regarde vos pieds.
Il y a une question que je pose à chaque fois, et qui surprend : est-ce que vous vous êtes déjà tordu une cheville ?
La personne a mal aux lombaires depuis huit mois. Elle vient pour ça. Et je lui parle d’une entorse qui date de 2019, dont elle avait presque oublié l’existence.
Les cuisses de la grenouille
Le matin, une jambe se replie dans le lit. Au bureau, une cuisse se pose sur l’autre, et c’est souvent la même qui revient. Le soir, une jambe finit sous le bassin. Aucune de ces positions n’est mauvaise en soi.
Ce qui devient intéressant quand quelqu’un a mal, c’est l’habitude : la même position, tenue longtemps, du même côté, rejouée tous les jours. Le point qui fait mal est rarement celui qui a commencé.
Les lombaires font partie du bassin
C’est le point que je trouve le plus utile à expliquer, parce qu’il change la façon dont on comprend sa propre douleur.
Les vertèbres lombaires n’existent pas seules. Elles s’articulent avec le sacrum, qui appartient au bassin, lequel repose sur les hanches, qui reposent sur les genoux, les chevilles et les pieds. Cette colonne d’appuis travaille ensemble à chaque pas.
Quand un maillon cesse de participer, les autres compensent. Le bas du dos est celui qui compense le plus, parce qu’il se trouve au carrefour.
Ce que je regarde, et qui surprend
Vos pieds. Comment vous posez le talon, si vous roulez plus d’un côté, si un appui est plus court que l’autre.
Vos hanches. Une hanche qui a perdu quinze degrés de rotation oblige les lombaires à fournir ces quinze degrés à sa place, plusieurs milliers de fois par jour.
Votre respiration. Le diaphragme s’attache directement sur les vertèbres lombaires. Une respiration haute et courte, tenue pendant des mois, tire dessus en permanence.
Votre histoire. Comment vous avez grandi, quel sport vous avez pratiqué pendant la croissance, quelles blessures vous avez eues et comment elles se sont remises. La croissance du rachis et celle des membres inférieurs sont sensibles à beaucoup de choses, et le corps garde trace de ces adaptations.
Pourquoi ça revient
Une lombalgie qui réapparaît toujours au même endroit après chaque séance, c’est en général le signe qu’on a travaillé là où ça fait mal, et pas sur ce qui entretient la contrainte le reste de la semaine.
Cela ne veut pas dire que la séance n’a rien fait. Elle a soulagé, et le soulagement compte. Mais si la cause de la contrainte n’a pas bougé, la contrainte revient. C’est aussi pour cela que renforcer le core sans changer ce qui se passe le reste de la journée donne des résultats en demi-teinte.
C’est aussi pour cette raison que je pose autant de questions avant de poser les mains. L’histoire d’une douleur est plus informative que la douleur elle-même.
Ce qui doit vous envoyer chez le médecin d’abord
Une douleur apparue après un choc ou une chute. Des fourmillements ou une perte de force dans une jambe. De la fièvre, une perte de poids inexpliquée, ou une douleur qui vous réveille la nuit. Des troubles pour uriner apparus en même temps que la douleur.
Dans ces cas, l’avis médical passe avant tout le reste, et je vous y renverrai de toute façon.